Le secteur public belge de la finance se trouve à un tournant stratégique. Alors que la Commission européenne réactive les règles budgétaires suspendues pendant la crise du COVID-19, les gouvernements fédéraux ainsi que les gouvernements régionaux doivent se conformer à une nouvelle discipline inconnue et sans réel nom, mais clairement perçue : celle de la rigueur budgétaire. Il est donc impératif de jongler entre efficacité et acceptabilité de cette dernière rigueur. Cette rigueur est souvent qualifiée d’indolore et elle se situe aux centres mêmes de tous les débats politiques. Cependant, certains pensent qu’elle est infaisable. Mes Aides Financières examine cette rigueur de plus près et se penche sur ses répercussions dans le futur.
Sommaire
La rigueur sans douleur
D’un point de vue politique, le terme “douleur” est très sensible. C’est donc pour cela qu’on préfère utiliser des alternatives telles que « maîtrise des dépenses », « rationalisation » ou « réforme structurelle ». Il n’est pas sans dire que ces expressions ont toute une connotation commune, qui est la réduction des déficits sans appliquer une augmentation des impôts et ni une baisse des dépenses publiques.
Cette dimension, qu’on qualifie donc de “rigueur indolore” a pour conséquence de mettre en place des mesures dites d’assainissement budgétaire. En d’autres termes, cela signifie qu’aucune partie prenante ne serait impactée négativement. Il n’y aurait donc ni gagnants ni perdants.
Beaucoup de personnes se demandent si cette promesse n’est pas utopique. Selon de nombreuses sources, il s’agit très clairement d’un mirage. Les marges de manœuvre sont très étroites et de plus, il y a de gros risques d’avoir des effets à retardement.
La discipline européenne
Depuis 2024, l’Union européenne a remis sur les rails les règles du Pacte de stabilité et de croissance, avec une approche beaucoup plus dite « sur-mesure ». Mais pour la Belgique, c’est quand même un gros rappel à l’ordre : il faut réduire le déficit d’au moins 0,5 point de PIB par an. Pour un pays qui a une dette de plus de 106 % de son PIB, c’est pas évident du tout… Mais bon, il va falloir faire un effort, même si ça ne veut pas dire qu’il faut malmener les citoyens.

Dans cette situation, le principe de cette rigueur se heurte à la réalité qui sont les chiffres. Il est certain que la Belgique figure parmi les cinq pays visés en priorité, avec également la France, l’Italie ou l’Allemagne.
L’impact sur les politiques publiques belges
De plus, l’aspect fédéraliste de la Belgique rend les choses encore plus complexes. Chaque entité, qu’elles soient fédérales, régionales ou encore communautaires, possèdent son propre budget à respecter indépendamment. Cependant, il se situe tous au même problème : Comment réduire les dépenses publiques sans toucher aux aides et allocations.
À titre d’illustration, la coalition de Jan Jambon à la tête de la région flamande a déjà réduit les subsides culturels, l’aide au logement et certains budgets sociaux, entraînant une réaction négative significative du secteur associatif. Le gouvernement actuel de De Wever ne montre aucun signe de volonté de renverser cette tendance.
Dans les régions francophones, la rigueur est moins présente, mais les défis budgétaires restent énormes, en particulier en Wallonie et à la Fédération Wallonie-Bruxelles, où les enjeux liés à l’enseignement, à la santé et à l’énergie sont considérables et placés en priorité.
Une rigueur qui ne dit pas son nom
La directive est claire, il ne faut pas qualifier ces mesures de trop strictes. Néanmoins, les stratégies employées présentent des similitudes. Restriction des embauches, réductions ciblées des dépenses, et également plafonnement des investissements publics.
Mais là où la rigueur devient dangereuse, c’est lorsqu’elle s’installe dans le non-dit. Et encore plus, lorsqu’on se situe dans le déni politique. En promettant de rééquilibrer sans contrepartie, les gouvernements s’exposent à deux risques majeurs :
1. Perdre en crédibilité si les mesures sont perçues comme injustes ou inefficaces ;
2. Aggraver les inégalités sociales si les réductions touchent prioritairement les citoyens les plus fragiles.
Quelle alternative pour la Belgique ? 
Certains experts plaident légitimement en faveur d’une fiscalité plus équitable : taxer davantage les rentes, les grandes fortunes ou les profits exceptionnels. De l’autre côté, certains évoquent la nécessité d’investissements publics en masse, même si cela doit se faire à crédit, pour stimuler la croissance et donc les recettes nationales.
Mais dans un contexte de vieillissement de la population, d’urgence climatique et sans parler de la montée des tensions sociales, le vrai débat se situe ailleurs : quelles priorités collectives la Belgique est-elle prête à financer et à quel prix ?