Sécurité sociale

Logopédie remboursée : troubles pris en charge, prix d’une séance et démarches

Le 27 octobre 2026 par Pierre Courtois - 12 minutes de lecture

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Logopédie : une logopède montre une carte de lettres à une enfant pendant une séance de rééducation du langage en Belgique
Un enfant qui peine à lire, un bégaiement qui s’installe, une voix abîmée ou des troubles de la parole après un AVC : la logopédie coûte vite cher quand les séances s’enchaînent. L’assurance soins de santé en rembourse une grande partie, mais seulement pour certains troubles et après l’accord du médecin-conseil de votre mutualité. Troubles pris en charge, prix d’une séance, logopède conventionné ou non et démarches : ce guide vous explique comment être remboursé.

Logopédie : quand la mutuelle rembourse-t-elle les séances ?

Le logopède soigne les troubles du langage, de la parole, de la voix et de la déglutition, chez l’enfant comme chez l’adulte. En Belgique, le remboursement relève de l’assurance obligatoire soins de santé, gérée par l’INAMI et versée par votre mutualité. Les règles sont fédérales : elles sont identiques en Wallonie et à Bruxelles.

Il n’y a pas de remboursement automatique. La séance n’est remboursée que si votre trouble figure dans la nomenclature de l’INAMI, s’il est démontré par un bilan et si le médecin-conseil de votre mutualité donne son accord. Si ces conditions ne sont pas remplies, les tarifs officiels ne s’appliquent pas : votre logopède peut alors demander des honoraires différents, et vous devez en être informé au préalable.

Quels troubles sont remboursés et pour combien de séances ?

La nomenclature de logopédie fixe une liste fermée de troubles. Pour chacun, l’accord du médecin-conseil porte sur un nombre maximal de séances individuelles d’au moins 30 minutes. Certains troubles doivent être démontrés par des tests qui figurent sur une liste limitative approuvée par l’INAMI : c’est le cas des troubles du développement du langage, de la dysphasie, de la dyslexie, de la dysorthographie et de la dyscalculie, du bégaiement et des troubles de la voix.

Trouble pris en charge Nombre maximum de séances de 30 minutes accordées
Troubles du langage oral ou de la parole qui gênent l’activité professionnelle (salarié, indépendant, demandeur d’emploi), une rééducation professionnelle ou un contrat d’apprentissage 55
Aphasie (perte du langage après une lésion cérébrale) 288
Troubles du développement du langage 190
Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie (constatée chez un enfant jusqu’à 14 ans révolus) 140
Fentes labiales, palatines ou alvéolaires 30 séances au total avant le 3e anniversaire, puis 75 séances par an, de 3 à 19 ans révolus
Troubles après une chirurgie tête et cou 55
Troubles après une radiothérapie tête et cou 55
Dysglossies 90
Dysarthries 176
Troubles chroniques de la parole liés à une maladie neuromusculaire, à la maladie de Parkinson ou de Huntington, à une maladie démyélinisante du système nerveux central, ou (enfant jusqu’à 3 ans) à une infirmité motrice cérébrale 520
Bégaiement 128
Troubles fonctionnels liés à un trouble orthodontique 20
Séquelles de laryngectomie 90
Troubles de la voix (larynx ou plis vocaux) 80
Troubles de l’ouïe (perte auditive moyenne d’au moins 40 dB à la meilleure oreille), avec un programme de rééducation suivi dans un centre conventionné spécialisé 520
Dysphagie (troubles de la déglutition) 65
Dysphasie 384
Locked-in syndrome 150 la première année

Les séances de bilan (jusqu’à cinq par trouble) sont décomptées de ce maximum. Pour plusieurs troubles, le maximum peut être renouvelé lors d’une prolongation : 520 séances par période de deux ans pour les troubles chroniques de la parole et les troubles de l’ouïe, 192 séances par prolongation de deux ans pour la dysphasie.

Si votre enfant a un trouble d’apprentissage ou un TDAH, d’autres aides existent en plus de la logopédie : consultez notre guide des aides pour les troubles dys et celui sur les aides en cas de TDAH.

Les situations qui excluent le remboursement

Même avec un trouble de la liste, l’assurance n’intervient pas dans plusieurs situations. Les principales :

  • l’enfant suit l’enseignement spécialisé, pour les troubles du développement du langage, la dyslexie et les troubles apparentés, et la dysphasie ;
  • la personne séjourne en maison de repos (MRPA ou MRS) ou en maison de soins psychiatriques ;
  • elle est soignée ou hébergée dans une institution agréée par une région ou une communauté dont le personnel comprend un logopède ;
  • la personne est hospitalisée dans un service de gériatrie, de psychiatrie ou dans certains services spécialisés (services G, T, A, K ou Sp) ;
  • le trouble est secondaire à une affection psychiatrique ou à un état émotionnel ;
  • il s’agit de troubles isolés (par exemple un zozotement ou un mauvais « r »), du bredouillement ou de certains troubles de la voix (aphonie ou dysphonie fonctionnelle aiguë, troubles de la mue).
Attention
Dès la première séance de traitement multidisciplinaire dans un centre de rééducation, les séances de logopédie monodisciplinaire ne sont plus remboursées, sauf pour les troubles chroniques de la parole et les troubles de l’ouïe.

Entre le bilan multidisciplinaire et cette première séance au centre, les séances chez votre logopède restent remboursables si les conditions sont remplies.

Combien coûte une séance de logopédie et combien rembourse la mutuelle ?

Les honoraires officiels sont fixés par l’INAMI et appliqués par les logopèdes conventionnés. Votre mutualité rembourse une partie, le reste est votre ticket modérateur. Celui-ci est plus bas si vous avez droit à l’intervention majorée (statut BIM). Tarifs en vigueur depuis le 1er septembre 2026, chez un logopède conventionné :

Prestation (honoraires) Sans intervention majorée Avec intervention majorée
Séance de bilan de 30 minutes (45,38 €) 37,88 € remboursés, 7,50 € à votre charge 42,38 € remboursés, 3,00 € à votre charge
Séance individuelle de 30 minutes au cabinet (38,37 €) 32,87 € remboursés, 5,50 € à votre charge 36,37 € remboursés, 2,00 € à votre charge
Séance individuelle de 60 minutes au cabinet (77,05 €) 66,05 € remboursés, 11,00 € à votre charge 72,55 € remboursés, 4,50 € à votre charge

La séance de 60 minutes n’existe que pour certains troubles : aphasie, dyslexie et troubles apparentés, bégaiement, dysphasie et troubles chroniques de la parole.

Les séances à distance ont un tarif plus bas (par exemple 31,35 € au lieu de 38,37 € pour 30 minutes), et les séances données à l’école sont soumises à un tarif et à une intervention de l’INAMI différents : demandez le détail à votre logopède. Le bilan n’est remboursé que s’il est suivi d’un traitement pris en charge par l’assurance.

Exemple : votre enfant, sans intervention majorée, suit 10 séances de 30 minutes chez une logopède conventionnée. Les honoraires s’élèvent à 383,70 €, la mutualité rembourse 328,70 € et il vous reste 55 € à payer.

Bon à savoir
Si votre logopède applique le tiers payant, vous ne payez sur place que votre part : la mutualité lui verse directement le reste.

Le logopède n’est pas obligé de pratiquer le tiers payant : posez la question dès le premier rendez-vous. Sans tiers payant, le remboursement arrive sur votre compte selon le rythme habituel du paiement de la mutuelle.

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Logopède conventionné ou non : ce qui change pour vous

Au 23 mars 2026, 84 % des logopèdes avaient adhéré à la convention 2026-2027 avec les mutualités. Un logopède conventionné applique les tarifs officiels. Un logopède non conventionné fixe librement ses tarifs, sauf pour les patients qui bénéficient de l’intervention majorée et lorsqu’il facture en tiers payant : il doit alors respecter les tarifs de la convention.

Depuis le 1er avril 2026, le remboursement des séances chez un logopède non conventionné est diminué de 25 %. Pour une séance de 30 minutes au cabinet, sans intervention majorée, la mutualité rembourse alors 24,66 € au lieu de 32,87 €, et des suppléments peuvent s’ajouter. Cette diminution ne s’applique pas aux patients qui bénéficient de l’intervention majorée. Le principe est le même que chez un kiné conventionné ou un médecin conventionné.

Important
Avant la première séance, vérifiez si votre logopède est conventionné : chez un non conventionné, vous êtes moins bien remboursé et vous pouvez payer des suppléments.

Pour le vérifier, le moteur de recherche Health PRO de l’INAMI permet de chercher un professionnel par son statut de conventionnement. Le logopède doit aussi afficher ses tarifs dans sa salle d’attente et, s’il en a un, sur son site internet.

Comment demander le remboursement de la logopédie ?

La demande suit en général les mêmes étapes, de la prescription du bilan jusqu’au remboursement des séances. C’est votre logopède qui envoie le dossier à la mutualité. Vous devrez signer le formulaire qui reprend les résultats du bilan.

  1. Prescription du bilan : votre médecin généraliste ou un spécialiste prescrit un bilan logopédique. En cas de dysphasie, seul un neuropédiatre peut le prescrire.
  2. Bilan chez le logopède : il peut demander jusqu’à cinq séances. Certains troubles exigent des examens supplémentaires auprès d’autres professionnels. Pour les troubles du développement du langage et la dysphasie, il faut un test auditif et un test de QI (ce dernier n’est pas remboursé).
  3. Prescription du traitement : sur la base du bilan, un médecin spécialiste prescrit le traitement. Le type de spécialiste dépend du trouble.
  4. Accord de la mutualité : le logopède transmet le bilan et les deux prescriptions. Le médecin-conseil décide, et la mutualité vous en informe, de même que le logopède.
  5. Remboursement : après chaque séance, vous recevez une attestation de soins donnés. Remettez-la à votre mutualité, qui verse le remboursement sur votre compte.

Le bilan n’est remboursé que si le médecin-conseil accepte le traitement et si celui-ci commence dans les 60 jours qui suivent le bilan. Ne laissez donc pas traîner le dossier entre le bilan et la première séance.

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Combien de temps dure l’accord et comment le prolonger ?

L’accord de remboursement est en général donné pour deux ans, avec un nombre précis de séances. Si toutes les séances n’ont pas été faites au bout de ces deux ans, le traitement peut être prolongé pour utiliser les séances restantes. Pour la dysphasie, les troubles de l’ouïe et les troubles chroniques de la parole, la prolongation donne droit à des séances supplémentaires.

La démarche est simple : un médecin, qui peut être votre médecin traitant, prescrit la prolongation, et le logopède l’envoie à la mutualité avec une notification de prolongation. Le traitement est alors prolongé automatiquement. En cas de dysphasie, seul un neuropédiatre peut prescrire la prolongation.

Les changements récents à connaître

La nomenclature de logopédie a changé le 1er septembre 2026. Ces nouveautés concernent directement les patients et leurs familles :

  • Séances à distance : elles sont de nouveau remboursées, uniquement par vidéo (pas par téléphone), avec au maximum 10 séances consécutives à distance par accord. Elles sont exclues avant le 4e anniversaire, pour le bilan et la première séance de traitement, et quand le patient est à l’école ou hospitalisé. Vous restez libre de choisir une séance au cabinet.
  • Séances de 60 minutes : pour les troubles chroniques de la parole, elles sont possibles à partir de 10 ans, dans la limite de 80 séances de 60 minutes sur tout le parcours de soins.
  • Cancers tête et cou : deux catégories distinctes, après une chirurgie ou après une radiothérapie, avec jusqu’à 10 séances préventives avant le traitement, comprises dans les 55 séances.
  • Dysglossies : le maximum passe de 149 à 90 séances.

Depuis le 1er septembre 2024, la logopédie est aussi remboursée pour les patients atteints de troubles du développement du langage ou de dysphasie qui ont un QI (de performance ou non verbal) ou un quotient de développement inférieur à 86. À partir du 1er janvier 2027, les patients qui ont un QI inférieur à 70 devront d’abord passer un bilan multidisciplinaire dans un centre spécialisé pour obtenir le remboursement.

Si la facture de soins devient trop lourde, pensez au maximum à facturer (MàF) : une fois un certain montant atteint sur l’année, votre mutualité vous rembourse intégralement les tickets modérateurs suivants. Le plafond dépend de votre situation (revenus du ménage, intervention majorée, enfant de moins de 19 ans ou maladie chronique).

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Autres questions fréquentes

Diplômé d'un master en management et marketing, Pierre écrit sur le domaine des aides et de l'administration en Belgique depuis plus d'un an. N'hésitez pas à le contacter en espace commentaire si vous avez une question.


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