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On parle couramment de « jours RTT » en Belgique, mais aucun texte légal ne crée de « jour RTT » : la loi du 16 mars 1971 parle de « jours de repos compensatoire », et l’administration n’utilise le sigle RTT que comme abréviation de « réduction collective du temps de travail ». Ces jours servent à ramener un horaire de 39 ou 40 heures à la durée moyenne de 38 heures imposée depuis 2003. Combien en avez-vous, sont-ils payés, dans quel délai faut-il les prendre et qui choisit la date ? Ce guide, publié parmi nos aides liées à l’emploi, répond point par point, en séparant bien ce que dit la loi de ce que fixe votre entreprise.
Qu’est-ce qu’un jour RTT en Belgique ?
Un jour RTT est un jour de repos compensatoire : vous ne travaillez pas ce jour-là, et cette absence sert à ramener votre horaire à la durée moyenne de travail qui s’applique dans votre entreprise. Si votre contrat vous fait prester 40 heures par semaine alors que la durée moyenne à respecter est de 38 heures, l’écart doit bien se rattraper quelque part : il se rattrape en jours de repos.
Deux mécanismes différents portent le même nom en Belgique, et c’est là que tout se joue. D’un côté, les jours RTT dits structurels, qui appliquent la réduction du temps de travail à 38 heures prévue par la loi du 10 août 2001 relative à la conciliation entre l’emploi et la qualité de vie. De l’autre, le repos compensatoire de l’article 26bis de la loi du 16 mars 1971 sur le travail, qui compense un dépassement des limites normales (8 heures par jour, 40 heures par semaine, ou la limite fixée par votre convention collective).
La différence n’est pas théorique, elle a des conséquences sur votre fiche de paie. Concrètement, si vous prestez 40 heures effectives avec 12 jours RTT, la limite qui déclenche votre sursalaire reste fixée à 40 heures, et non à 38.
Important
Travailler 40 heures avec des jours RTT ne fait pas de vos 39e et 40e heures hebdomadaires des heures supplémentaires : la limite de référence reste celle de votre horaire effectif. La limite journalière, elle, continue de s’appliquer.
D’où vient la règle des 38 heures
Depuis le 1er janvier 2003, la durée hebdomadaire de travail en Belgique est fixée à 38 heures en vertu de la loi du 10 août 2001. Ce chiffre peut se traduire de deux manières : soit par une durée effective de 38 heures respectée chaque semaine, soit par une durée moyenne respectée sur une période de référence, grâce à l’octroi de jours de repos compensatoire. C’est cette seconde formule qui produit les fameux jours RTT.
L’article 19 de la loi du 16 mars 1971 sur le travail, lui, n’a pas changé et fixe toujours les limites de 8 heures par jour et 40 heures par semaine. Ce sont ces limites-là, ou celles de votre secteur, qui servent de référence pour le calcul du repos compensatoire et du sursalaire. Les 38 heures fixent une moyenne, pas un plafond quotidien.
Votre secteur peut faire mieux que la loi. L’article 28 de la même loi permet à une convention collective de travail de réduire les limites maximales : les limites sectorielles s’appliquent alors en lieu et place des limites légales. Beaucoup de commissions paritaires descendent ainsi à 37 heures ou 36 heures.
Bon à savoir
Une réduction décidée par simple règlement de travail ou par contrat individuel ne déplace pas la limite de référence : en règle générale, c’est la convention collective qui la déplace.
La nuance vaut de l’argent. Le SPF Emploi donne l’exemple d’une entreprise dont la durée du travail, fixée à 38 heures par une convention collective rendue obligatoire, est ramenée à 37 heures par l’adaptation du règlement de travail : la limite prise en considération pour l’octroi des repos compensatoires et pour le sursalaire reste fixée à 38 heures. Le même changement acté dans une convention collective aurait, lui, déplacé la limite.
Combien de jours RTT pouvez-vous avoir par an ?
Aucune loi belge ne fixe un nombre de jours RTT. Il n’existe pas de formule légale, parce que le résultat dépend de votre horaire, de vos jours fériés et de la période de référence retenue dans votre secteur. Ce que l’administration publie, ce sont des exemples, et c’est sur eux qu’il faut raisonner.
| Situation |
Nombre de jours de repos compensatoire |
Ce que dit la source |
| Horaire de 8 heures par jour et 40 heures par semaine, ramené à 38 heures en moyenne sur l’année |
12 jours par an |
Exemple publié par le SPF Emploi |
| Durée sectorielle de 38 heures effectives, ramenée à 37 heures en moyenne sur l’année |
6 jours par an |
Exemple publié par le SPF Emploi |
| Commission paritaire de la construction |
6 jours par arrêté royal, plus 6 jours par convention collective sectorielle |
Arrêté royal n° 213 du 26 septembre 1983 |
| Tout autre horaire (39 heures, 38 heures 30…) |
Aucun nombre fixé par la loi |
Le chiffre est fixé au niveau du secteur ou de l’entreprise |
Pour un régime de 39 heures, aucune source officielle ne publie de nombre de jours : le SPF Emploi ne donne d’exemples chiffrés que pour 40 heures ramenées à 38 en moyenne (12 jours) et pour 38 heures ramenées à 37 (6 jours). Si un collègue d’un autre secteur vous annonce un autre chiffre pour le même horaire, il n’a pas forcément tort.
Attention
Ne vous fiez pas à un nombre de jours RTT lu ailleurs que dans votre convention collective ou votre règlement de travail. C’est le seul endroit où figure le chiffre qui vous concerne.
Les jours RTT sont-ils payés ?
Le principe est clair : la réduction de la durée du travail à 38 heures ne peut pas entraîner une diminution de votre rémunération. Sur l’année, votre revenu est donc le même que si vous n’aviez aucun jour de repos compensatoire. Cette garantie vise la réduction légale à 38 heures : pour une réduction en dessous de 38 heures, le maintien de la rémunération n’est pas légalement prévu et dépend du texte qui l’organise. En revanche, la façon dont ce jour vous est payé varie, et c’est ce qui déroute beaucoup de travailleurs quand ils comparent leurs fiches de paie.
L’ONSS reconnaît deux techniques. Dans la première, le jour de repos est payé au moment où vous le prenez : vous ne voyez aucune différence. Dans la seconde, dite de la rémunération horaire majorée, le jour de repos n’est pas rémunéré le jour où vous le prenez, parce qu’il est déjà compris dans le salaire horaire, plus élevé, des heures que vous avez prestées.
Exemple : deux travailleurs de deux entreprises différentes prestent 40 heures par semaine et disposent chacun de 12 jours de repos compensatoire. Chez le premier, l’employeur paie le jour de repos au moment où il est pris. Chez le second, l’employeur applique la rémunération horaire majorée : le jour de repos n’apparaît pas comme rémunéré sur la fiche de paie du mois où il est pris, parce que le salaire horaire déclaré couvre en réalité une période plus longue qu’une heure. Dans les deux cas, la réduction à 38 heures ne peut pas faire baisser la rémunération : sur l’année, chacun touche la même chose que s’il n’avait aucun jour de repos compensatoire.
Savoir laquelle des deux techniques s’applique chez vous a un intérêt très concret : cela explique un montant mensuel qui paraît incohérent alors qu’aucune erreur de calcul n’a été commise. L’information se trouve dans votre règlement de travail ou auprès de votre service du personnel, au même titre que votre régime horaire ou votre salaire minimum.
Votre situation professionnelle ou familiale a changé récemment ? Faites le point en quelques minutes : d’autres dispositifs, parfois sans rapport avec votre horaire, pourraient vous concerner.
Calculer mes aides
Dans quel délai devez-vous prendre vos jours RTT ?
La moyenne doit être respectée sur une période de référence, et c’est elle qui commande votre délai. Par défaut, cette période est le trimestre. Elle peut être portée à un an maximum par arrêté royal, par convention collective de travail ou, à défaut seulement, par le règlement de travail. Pour les travailleurs de nuit, l’allongement n’est possible que par arrêté royal ou par une convention collective rendue obligatoire.
La règle de fond tient en une phrase : la récupération de tous les dépassements des limites normales doit être accordée avant la fin de la période de référence. Une seule exception est prévue, pour deux dérogations précises (le surcroît extraordinaire de travail et les travaux urgents aux machines) : la moyenne peut alors être dépassée de 65 heures au maximum, à récupérer dans les 3 mois qui suivent la fin de la période.
Il existe en outre une limite interne de 143 heures. Dès que le nombre d’heures prestées au-delà de la durée moyenne atteint ce plafond, aucun nouveau dépassement n’est possible tant que des repos compensatoires n’ont pas été octroyés. Une convention collective rendue obligatoire par le Roi peut relever cette limite. C’est un garde-fou utile à connaître si votre entreprise enchaîne les semaines chargées.
Important
Un jour de repos compensatoire ne se reporte pas indéfiniment : la récupération doit être accordée avant la fin de la période de référence.
Ce repos ne se troque pas non plus contre de l’argent, sauf dans un cas précis : à sa demande, le travailleur peut renoncer à récupérer 91 heures supplémentaires par année civile (portées à 130 ou à 143 heures selon la procédure prévue), qui lui sont alors payées.
Pour les repos octroyés après la fin de la période de référence, dans la limite du crédit de 65 heures, la loi fixe elle-même les modalités : par jour complet (un crédit de 24 heures devient trois journées de 8 heures) et sur un jour normal de travail, c’est-à-dire un jour pendant lequel vous auriez normalement travaillé. Pour les autres jours de repos compensatoire, c’est votre convention collective ou votre règlement de travail qui règle le mode de fixation.
Qui décide de la date de vos jours RTT ?
Aucune disposition légale ne donne au travailleur le droit de choisir seul la date de ses jours de repos compensatoire. Le SPF Emploi conseille de régler dans la convention non seulement le mode de fixation de ces jours, mais aussi leurs modalités d’octroi lorsque le travailleur est engagé ou licencié en cours d’année.
En pratique, tout dépend donc de votre secteur. Certains imposent des jours collectifs fixés d’avance (des ponts, une fermeture annuelle), d’autres vous laissent proposer vos dates moyennant l’accord de votre employeur. C’est une différence importante avec les vacances annuelles, qui suivent des règles de fixation qui leur sont propres.
La marche à suivre pour poser un jour RTT figure noir sur blanc dans votre convention collective.
Si vous devez arbitrer entre plusieurs types d’absence sur une même période, nos conseils pour poser vos congés au bon moment restent valables : un jour de repos compensatoire ne peut pas tomber sur un jour férié, puisque les jours fériés comptent déjà comme du temps de travail pour le calcul de votre durée moyenne. Les jours RTT se planifient donc autour des jours fériés, pas dessus.
RTT, vacances annuelles et crédit-temps : ne pas confondre
Ces trois dispositifs vous font tous quitter votre poste, mais ils ne reposent ni sur les mêmes textes, ni sur le même financement. Les confondre conduit à des erreurs coûteuses, par exemple croire qu’un jour RTT ouvre un pécule de vacances ou qu’il faut prévenir l’ONEM.
| Critère |
Jour RTT |
Vacances annuelles |
Crédit-temps |
| Base légale |
Loi du 10 août 2001, convention collective ou règlement de travail |
Lois coordonnées du 28 juin 1971 et arrêté royal du 30 mars 1967 |
Convention collective n° 103 et arrêté royal du 12 décembre 2001 |
| Durée ou nombre de jours |
Fixé par le secteur ou l’entreprise |
20 jours pour une année complète, en régime de 5 jours par semaine |
Selon le régime et le motif, dans les limites de la convention collective n° 103 |
| Qui paie ? |
Votre employeur, via votre salaire |
Votre employeur (employés) ou l’Office national des vacances annuelles (ouvriers) |
L’ONEM, sous forme d’allocation d’interruption |
Un jour RTT n’entame donc pas votre quota de 20 jours de vacances légales et n’ouvre pas de double pécule. Mais n’en concluez surtout pas qu’il ne compte pour rien : l’arrêté royal du 30 mars 1967 assimile expressément les jours de repos compensatoire octroyés dans le cadre d’une réduction du temps de travail à des jours de travail effectif normal pour le calcul de la durée de vos vacances. Vos jours RTT alimentent donc vos droits aux vacances de l’année suivante.
Bon à savoir
Les jours de repos prévus par la loi sur les jours fériés comptent comme du temps de travail pour le calcul de votre durée moyenne de travail.
Dernière distinction, du côté du financement. Le crédit-temps suspend ou réduit vos prestations et se compense par une allocation de l’ONEM. Le jour RTT, lui, est payé par votre employeur au titre du salaire : il n’ouvre aucune allocation. Autrement dit, un jour RTT ne se demande pas à un organisme : il se règle entièrement entre vous et votre employeur, contrairement aux congés thématiques comme le congé parental, qui obéissent encore à d’autres règles.
Heures supplémentaires : un régime totalement différent
Beaucoup de travailleurs cherchent « RTT » alors que leur vraie question porte sur les heures supplémentaires. Ce sont deux logiques distinctes : le jour RTT organise un horaire à l’avance, l’heure supplémentaire répare un dépassement après coup. Et la définition légale n’est pas celle que l’on croit : est du travail supplémentaire tout travail effectué au-delà de 9 heures par jour, de 40 heures par semaine, ou des limites inférieures fixées par convention collective.
Attention
Contrairement à ce qu’on lit souvent, ce n’est pas la 9e heure de la journée qui devient une heure supplémentaire, mais celle qui dépasse 9 heures, sauf si une convention collective de votre secteur fixe une limite inférieure : dans ce cas, c’est cette limite-là qui compte.
Quand elles sont dues, ces heures sont payées avec un sursalaire d’au moins 50 %, porté à 100 % le dimanche et les jours fériés, ainsi que les jours de remplacement d’un jour férié. Le taux de 50 % est un plancher : une convention collective peut faire mieux. Une convention peut aussi remplacer le sursalaire par un repos compensatoire complémentaire, à raison d’une demi-heure de repos par heure à 50 % et d’une heure par heure à 100 %.
Il existe enfin un régime volontaire, à ne pas confondre avec tout ce qui précède. Depuis le 1er avril 2026, le régime est unifié : vous pouvez prester au maximum 360 heures supplémentaires volontaires par année civile, sans devoir invoquer de motif. Seul le secteur de l’Horeca conserve un quota propre, plus élevé. Sur ce total, 240 heures ne donnent pas droit au sursalaire et les 120 restantes y donnent droit. Ces heures n’ouvrent aucun repos compensatoire et votre accord écrit préalable est obligatoire. Si vous travaillez à temps partiel, vous ne pouvez y recourir qu’en cas de surcroît temporaire de travail et après trois ans de contrat à temps partiel ; si vos prestations sont réduites dans le cadre d’une interruption de carrière, vous ne pouvez pas en prester du tout.
Beaucoup d’aides restent inconnues de ceux qui pourraient y prétendre. Faites le point sur votre situation, c’est gratuit.
Simuler mes aides
La semaine de 4 jours n’est pas un régime de RTT
Depuis la loi du 3 octobre 2022, un travailleur à temps plein peut demander à prester ses heures sur 4 jours par semaine. Vous ne travaillez pas moins, vous travaillez le même nombre d’heures en 4 jours. Ce régime ne génère donc aucun jour de repos compensatoire.
Le règlement de travail peut porter votre limite journalière à 9 heures et demie. Si votre horaire effectif dépasse 38 heures, avec un maximum de 40 heures, seule une convention collective peut aller plus loin, et la limite journalière devient alors égale à votre durée hebdomadaire effective divisée par 4, soit 10 heures pour un horaire de 40 heures.
La procédure protège le demandeur. La demande porte sur 6 mois maximum et est renouvelable. Un employeur qui refuse doit motiver son refus par écrit et vous le communiquer dans le mois, et votre demande ne peut pas entraîner de traitement défavorable. En contrepartie, vous ne pouvez pas prester d’heures supplémentaires volontaires les autres jours de la semaine.
Important
La semaine de 4 jours redistribue vos heures, elle ne les réduit pas. Elle ne remplace ni vos jours RTT ni vos vacances annuelles, et ne s’y ajoute pas.
Où vérifier votre régime et que faire en cas de problème
Le document de référence est votre règlement de travail. La loi du 8 avril 1965 impose qu’il reprenne une série de mentions obligatoires, dont les horaires de travail et la durée des vacances annuelles. Votre convention collective sectorielle complète le tableau : c’est elle qui fixe le nombre de jours de repos compensatoire et, souvent, la manière de les poser.
Vérifiez d’abord que le régime vous concerne. Les règles sur la durée du travail de la loi du 16 mars 1971 ne s’appliquent pas aux travailleurs désignés par le Roi comme investis d’un poste de direction ou de confiance, aux représentants de commerce, aux travailleurs liés par un contrat de travail domestique, aux travailleurs à domicile, aux médecins, vétérinaires et dentistes (y compris les médecins spécialistes en formation et les étudiants stagiaires), aux personnes occupées par l’État, les provinces, les communes et les organismes d’intérêt public (sauf établissement à activité industrielle ou commerciale ou dispensant des soins de santé), aux personnes occupées dans une entreprise familiale, ainsi qu’au personnel navigant des entreprises de pêche et du transport aérien. Les fonctionnaires statutaires relèvent, eux, d’un régime entièrement distinct, tout comme les indépendants, qui disposent de leurs propres aides et dispositifs.
Une règle de repos souvent ignorée mérite d’être vérifiée en même temps : vous avez droit à 11 heures consécutives de repos par période de 24 heures. Si votre planning ne le permet pas, le problème dépasse la simple question des jours RTT.
En cas de jours de repos compensatoire non octroyés, l’interlocuteur est la Direction générale Contrôle des lois sociales du SPF Emploi, compétente notamment pour le temps de travail, les horaires et le non-octroi des repos compensatoires. La plainte s’introduit auprès de la direction régionale compétente pour la province où se trouve l’activité de l’employeur, et elle est traitée de manière confidentielle sauf si vous levez vous-même votre anonymat.
Avant d’en arriver là, un passage par votre délégation syndicale ou votre service du personnel règle la plupart des situations, surtout lorsqu’il s’agit d’un désaccord sur le décompte plutôt que d’un refus. Si votre contrat touche à sa fin, pensez à vérifier le sort de vos jours non pris au moment du préavis.