Emploi

Congé d’assistance médicale en Belgique : conditions, durée et montant de l’allocation ONEM

Le 22 septembre 2026 par Pierre Courtois - 12 minutes de lecture
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Congé d'assistance médicale en Belgique : une femme assiste sa mère gravement malade à domicile

Quand un proche tombe gravement malade, s’absenter du travail n’est pas qu’une question d’organisation : c’est d’abord une question de revenus. Le congé d’assistance médicale vous permet de suspendre ou de réduire vos prestations pour rester à ses côtés, tout en percevant une allocation mensuelle. Cet article, publié parmi nos aides liées à l’emploi, vous explique pour quel proche vous pouvez le demander, combien de mois vous pouvez vous absenter, combien vous touchez et comment introduire la demande.

Qu’est-ce que le congé d’assistance médicale ?

Le congé d’assistance médicale est l’un des congés thématiques belges reconnus par la loi. Il vous autorise à interrompre complètement votre travail, ou à le réduire à mi-temps ou d’1/5 temps, pour assister ou soigner un proche gravement malade. Votre contrat de travail n’est pas rompu : il est simplement suspendu, en tout ou en partie, pendant la durée convenue. Vous êtes par ailleurs protégé contre le licenciement : votre employeur ne peut pas rompre votre contrat pour un motif lié à ce congé.

Pendant ce congé, votre employeur ne paie évidemment pas les heures que vous ne prestez plus. C’est l’ONEM qui prend le relais en vous versant une allocation d’interruption mensuelle. Dans ses documents, l’ONEM parle d’interruption complète pour la suspension et d’interruption partielle pour la réduction de prestations : ce sont les mêmes formules. Les règles varient selon le secteur de votre employeur : le secteur privé et les administrations communales et provinciales suivent un régime, tandis que les autres employeurs publics et l’enseignement en suivent un autre.

Ne le confondez pas avec le crédit-temps, qui poursuit un objectif proche mais obéit à des conditions et à des montants différents. Nous revenons sur cette distinction à la fin de l’article.

L’ONEM verse l’allocation, mais c’est à votre employeur que vous devez d’abord adresser votre demande de congé.

Pour quel proche pouvez-vous le demander ?

La réponse dépend de deux choses : le lien qui vous unit à la personne malade et le secteur dans lequel vous travaillez. Il faut distinguer les membres de votre famille, au sens des liens du sang et du mariage, et les membres de votre ménage, c’est-à-dire les personnes qui vivent sous votre toit.

Dans le secteur privé et dans les administrations communales et provinciales, le congé est ouvert pour vos parents jusqu’au 2e degré (vos enfants, vos parents, vos frères et sœurs, vos grands-parents, vos petits-enfants) et pour vos alliés jusqu’au 1er degré seulement, c’est-à-dire les personnes liées à vous par le mariage. Chez les autres employeurs (fédéral, régional, communautaire, enseignement, entreprises publiques autonomes), parents et alliés comptent tous les deux jusqu’au 2e degré.

Les membres de votre ménage suivent une logique à part. Votre compagne ou votre compagnon ouvre le droit, que votre cohabitation soit légale ou de fait. Et si vous êtes en cohabitation légale, vous pouvez aussi prendre le congé pour le père, la mère ou les enfants de votre cohabitant.

Quant à la maladie grave, elle n’est pas définie par une liste officielle : c’est le médecin traitant du malade qui l’apprécie seul. Ni votre employeur ni l’ONEM ne peuvent juger si le problème de santé mérite ou non ce congé. Si l’état de votre proche relève plutôt d’un accompagnement durable, regardez aussi le statut d’aidant proche, qui ouvre son propre congé.

Bon à savoir
La cohabitation légale élargit le cercle : elle vous permet de demander le congé pour les parents et les enfants de votre cohabitant.

Combien de temps pouvez-vous vous absenter ?

Les durées maximales par patient

Le congé se prend par tranches d’un mois minimum à trois mois maximum, renouvelables. Ce n’est pas un détail administratif : vous devez demander une prolongation avant chaque échéance, ce qui vous laisse la possibilité d’arrêter si l’état de votre proche s’améliore. Les maximums se comptent par patient, et non par carrière.

En suspension complète, vous pouvez aller jusqu’à 12 mois pour un même patient. En réduction des prestations, à mi-temps ou d’1/5 temps, le plafond monte à 24 mois. Ces durées doublent, soit 24 et 48 mois, si vous êtes un parent isolé vivant seul avec votre ou vos enfants et que le congé est pris pour un enfant de 16 ans maximum dont vous avez la charge exclusive.

Un régime express existe par ailleurs pour l’hospitalisation d’un enfant mineur, c’est-à-dire de moins de 18 ans. Vous pouvez alors suspendre complètement vos prestations pendant une semaine, prolongeable d’une semaine supplémentaire. Ces deux semaines viennent en déduction de votre crédit de 12 mois.

Exemple : vous demandez d’abord 3 mois de suspension complète pour votre mère, puis vous prolongez deux fois de 3 mois. Vous avez consommé 9 mois et il vous reste 3 mois sur le crédit de 12 mois attaché à ce patient.

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Ancienneté et taille de l’entreprise : quand votre employeur peut dire non

Bonne nouvelle pour ceux qui viennent d’être engagés : aucune ancienneté n’est exigée chez votre employeur. Sur ce point, le congé d’assistance médicale est nettement plus accessible que le crédit-temps. En revanche, si vous passez à temps partiel par une réduction de prestations, deux exceptions patronales méritent votre attention.

Important
Dans une entreprise de moins de 10 travailleurs, la réduction à mi-temps ou d’1/5 temps n’est pas un droit : elle suppose l’accord de l’employeur.

Seconde exception, plus discrète : dans les entreprises de 50 travailleurs ou moins, votre employeur peut refuser, pour des raisons d’organisation, une nouvelle demande si vous avez déjà pris 6 mois d’interruption complète ou 12 mois d’interruption partielle. Ce refus ne s’applique pas si le congé concerne un enfant mineur hospitalisé ou un enfant de 16 ans maximum dont vous avez la charge exclusive. Si aucune de ces formules ne convient, le congé sans solde reste une solution de repli, mais sans allocation.

Combien l’ONEM vous verse-t-il chaque mois ?

Les montants de l’allocation d’interruption

L’allocation d’interruption est un montant forfaitaire : elle ne dépend pas de votre salaire, mais de la formule choisie et de votre situation familiale. Les montants ci-dessous valent pour un travailleur à temps plein du secteur privé et correspondent à l’indexation en vigueur depuis le 1er septembre 2026. Ils sont identiques pour le congé d’assistance médicale et pour le congé pour soins palliatifs.

Forme d’interruption Montant brut par mois Montant net par mois Montant majoré brut (parent isolé)
Suspension complète 1.080,08 € 970,67 € 1.840,08 €
Réduction à mi-temps 540,03 € 447,42 € 920,04 €
Réduction d’1/5 temps 183,20 € 151,79 € 246,37 €

Le montant majoré s’adresse aux travailleurs isolés, c’est-à-dire à ceux qui vivent exclusivement avec leur ou leurs enfants à charge. Pour la réduction d’1/5 temps, un second niveau existe et porte l’allocation à 368,01 € brut, soit 304,90 € net, lorsque le bénéficiaire du congé est votre propre enfant de moins de 18 ans, ou de moins de 21 ans s’il présente un handicap.

Du brut au net : le précompte professionnel

L’écart entre le brut et le net s’explique par le précompte professionnel retenu à la source : 10,13 % en interruption complète et 17,15 % en interruption partielle. Attention, il s’agit d’une avance sur impôt et non de l’impôt définitif : l’allocation reste un revenu imposable, régularisé à la déclaration annuelle. En réduction de prestations, elle s’ajoute au salaire que votre employeur continue à vous verser pour les heures prestées, et apparaît sur votre fiche de paie.

Exemple : vous travaillez à temps plein et vous réduisez vos prestations d’1/5 temps pour accompagner votre père. Votre employeur continue à payer les 4/5 de votre horaire et l’ONEM y ajoute 183,20 € brut par mois. Après la retenue de 17,15 %, il vous reste 151,79 € net sur cette allocation.

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Congé pour soins palliatifs : la formule courte

Lorsque l’accompagnement porte sur la fin de vie, c’est un autre congé thématique qui s’applique. Le congé pour soins palliatifs reprend les trois mêmes formes (suspension complète, réduction à mi-temps, réduction d’1/5 temps) et ouvre droit aux mêmes montants d’allocation, mais sa durée est bien plus courte et sa logique différente.

Il s’obtient pour un mois par patient, prolongeable deux fois d’un mois, soit 3 mois maximum. Autre différence de taille : dans le secteur privé et les administrations communales et provinciales, cette interruption ne peut pas vous être refusée, quelle que soit la taille de l’entreprise. L’exception réservée aux structures de moins de 10 travailleurs, elle, ne s’applique pas ici.

Côté formalités, vous remettez à votre employeur une attestation signée par le médecin qui suit le patient. Si des frais de soins s’accumulent en parallèle, vérifiez auprès de votre mutualité ce que couvrent le maximum à facturer et, le cas échéant, les aides médicales du CPAS. D’autres statuts existent du côté du patient, comme le statut BIM et le statut d’affection chronique.

Attention
L’identité du patient en soins palliatifs ne doit pas être communiquée à votre employeur : ne la mentionnez pas dans votre avertissement écrit.

Comment demander le congé et l’allocation ?

Les étapes de la demande, dans l’ordre

La démarche se fait en deux temps, et dans cet ordre : d’abord votre employeur, ensuite l’ONEM. Les deux étapes sont indissociables, car prévenir son employeur ne déclenche pas le paiement de l’allocation. Voici le parcours complet.

  • Demandez l’attestation à votre médecin. Le médecin traitant du malade complète le modèle d’attestation médicale prévu par l’ONEM.
  • Avertissez votre employeur par écrit. Dans le secteur privé et les administrations communales et provinciales, l’avertissement doit lui parvenir au moins 7 jours avant le début du congé. Chez les autres employeurs, le congé démarre le premier jour de la semaine qui suit votre avertissement écrit.
  • Remettez-le contre accusé de réception. Par courrier recommandé ou en main propre, avec un double signé, accompagné de l’attestation médicale.
  • Introduisez la demande d’allocation auprès de l’ONEM. Le formulaire s’appelle C61 Assistance médicale (ou C61 Soins palliatifs). Depuis le 1er juillet 2024, la demande est obligatoirement électronique, via la plateforme Break@work de l’ONEM.

Le délai à ne pas dépasser

Le délai d’introduction auprès de l’ONEM est le point sur lequel les dossiers se perdent le plus souvent. Vous pouvez déposer votre demande au plus tôt 6 mois avant la date de début du congé, et au plus tard 2 mois après cette date. L’allocation est ensuite payée par virement bancaire : le paiement par chèque circulaire a disparu depuis le 1er octobre 2024. Vous pouvez introduire votre dossier sur la plateforme de l’ONEM.

Important
Une demande introduite plus de 2 mois après le début du congé ne donne droit à l’allocation qu’à partir de la date de dépôt : les mois écoulés sont perdus.

Un dernier point mérite votre vigilance si vous exercez une activité en plus de votre emploi principal. Vous pouvez cumuler l’allocation avec une activité salariée accessoire, à condition de l’avoir déjà exercée pendant au moins les 3 mois qui précèdent le début du congé. En revanche, vous perdez le droit à l’interruption si vous démarrez ou étendez une activité accessoire pendant le congé. Pour savoir ce que cette période représente pour votre future pension, l’ONEM renvoie à votre dossier personnel sur mypension.be.

Congé d’assistance médicale, crédit-temps ou congé parental ?

Ces trois dispositifs se ressemblent de loin : ils suspendent ou réduisent le travail et sont indemnisés par l’ONEM. Ils ne se confondent pourtant jamais, et choisir le mauvais vous expose à un refus ou à une allocation plus faible. Voici ce qui les sépare vraiment.

Le congé d’assistance médicale est lié à la maladie grave d’un proche, n’exige aucune ancienneté et se compte par patient. Le crédit-temps avec motif de soins, lui, réclame 2 ans d’ancienneté dans le secteur privé et s’impute sur un crédit de carrière commun à tous ses motifs. Le congé parental ne suppose aucune maladie : il couvre l’éducation ordinaire d’un enfant, avec ses propres plafonds d’âge et sa formule à 1/10 temps qui n’existe dans aucun des congés thématiques évoqués ici.

Enfin, si votre absence tient à votre propre état de santé et non à celui d’un proche, vous ne relevez d’aucun de ces trois congés mais de l’incapacité de travail : votre employeur vous maintient d’abord votre rémunération au titre du salaire garanti, que votre mutualité relaie ou complète ensuite (les modalités diffèrent selon que vous êtes ouvrier ou employé).

Autres questions fréquentes

Diplômé d'un master en management et marketing, Pierre écrit sur le domaine des aides et de l'administration en Belgique depuis plus d'un an. N'hésitez pas à le contacter en espace commentaire si vous avez une question.


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