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Des centaines de milliers de travailleurs belges voient arriver chaque année des éco-chèques sur un compte séparé, sans toujours savoir combien de temps ils restent valables ni ce qu’ils permettent réellement d’acheter. C’est l’un des avantages extralégaux liés à l’emploi les plus répandus du pays, et aussi l’un des plus mal utilisés. Depuis le 1er juin 2026, la liste officielle des produits a d’ailleurs changé : plusieurs classes énergétiques en sont sorties. Voici les montants applicables, les règles de validité et ce que vous pouvez acheter aujourd’hui.
Qu’est-ce qu’un éco-chèque et qui y a droit ?
L’éco-chèque est un avantage payé par votre employeur, pas par l’État. Il a été instauré par la convention collective de travail n° 98 du 20 février 2009, conclue au sein du Conseil national du Travail. Les montants et les conditions d’exonération, eux, figurent à l’article 19quater de l’arrêté royal du 28 novembre 1969. L’idée de départ était simple : orienter une partie du pouvoir d’achat des salariés vers des produits et des services écologiques, sans passer par du salaire classique.
Concrètement, vous n’y avez droit que si l’octroi est prévu par une convention collective de travail de votre secteur (votre commission paritaire) ou de votre entreprise. À défaut de délégation syndicale, ou pour une catégorie de personnel qui n’est pas visée par une telle convention, l’octroi peut passer par une convention individuelle écrite. Sans l’un de ces textes, il n’y a tout simplement pas d’éco-chèques.
Attention
Beaucoup de lecteurs cherchent comment demander des éco-chèques à une administration : cette démarche n’existe pas. C’est l’employeur qui les octroie, sur la base d’une convention collective ou d’une convention individuelle écrite.
Le système concerne donc avant tout les salariés du secteur privé, quel que soit leur régime : contrat classique, temps partiel, mission d’intérim, flexi-job ou job étudiant. Tout dépend de ce que prévoit la commission paritaire dont vous relevez, et il y a de grands écarts d’un secteur à l’autre.
Montant des éco-chèques en 2026 : 250,00 € au maximum, mais pas pour tout le monde
Deux plafonds coexistent et il ne faut pas les confondre. Le premier porte sur la valeur d’un éco-chèque pris isolément : elle ne peut pas dépasser 10,00 €. Le second porte sur le total annuel : un employeur ne peut pas octroyer plus de 250,00 € d’éco-chèques par travailleur et par année civile. Ce plafond de 250,00 € n’est pas indexé. Il était de 125,00 € pour la seule année 2009, il est passé à 250,00 € en 2010 et il n’a plus bougé depuis, y compris en 2026.
C’est une différence importante avec le salaire minimum ou avec les rémunérations soumises à l’indexation automatique des salaires, qui suivent l’évolution de l’indice. Le plafond des éco-chèques, lui, reste figé. Et surtout, ces 250,00 € sont un maximum légal, pas une norme : de nombreux secteurs accordent nettement moins, et certains n’accordent rien du tout.
| Commission paritaire |
Montant annuel d’éco-chèques |
| CP 200 (commission paritaire auxiliaire pour employés) |
250,00 € |
| CP 126, pour les employés transférés de la CP 200 (depuis le 1er juin 2026) |
150,00 € |
| CP 328.01 |
150,00 € |
| CP 327.01 |
75,00 € |
| CP 124 (construction) |
plus aucun droit constitué depuis le 1er avril 2026 |
Attention à une confusion très répandue : le passage de 250,00 € à 150,00 € ne concerne pas la CP 200 elle-même, qui reste à 250,00 €, mais les employés transférés vers la CP 126. Se tromper de commission paritaire, ici, revient à se tromper de 100,00 € par an.
Si vous n’avez pas travaillé toute l’année, le montant est réduit. La CCT n° 98 règle le calcul au prorata en cas d’entrée ou de sortie en cours d’année civile, de changement de catégorie et de suspension du contrat. Elle ne fixe en revanche pas de règle générale pour le temps partiel : c’est la convention sectorielle qui détermine les montants selon le régime de travail. Dans tous les cas, ce calcul est un minimum, et votre secteur ou votre entreprise peuvent être plus généreux.
Exemple : Julie est employée en CP 200, où le montant annuel est de 250,00 €. Comme elle a été engagée le 1er juillet, elle n’a été sous contrat que six mois sur l’année civile : son droit est calculé au prorata, soit 125,00 €. Si ce calcul avait donné moins de 10,00 €, son employeur aurait pu, plutôt que de lui remettre des éco-chèques, ajouter ce montant majoré de 50 % à sa rémunération.
Ces montants n’ont rien à voir avec les autres avantages que vous pouvez percevoir dans l’année, comme la prime de fin d’année ou le pécule de vacances : chacun suit ses propres règles et ses propres plafonds.
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Nouvelle liste des produits depuis le 1er juin 2026 : ce qui a changé
C’est un point que beaucoup de contenus datés ne reflètent pas encore. Le Conseil national du Travail a conclu, le 24 février 2026, la CCT n° 98/12, qui remplace l’annexe de la CCT n° 98, autrement dit la liste des produits et services achetables en éco-chèques. Cette nouvelle liste est entrée en vigueur le 1er juin 2026 et elle a été conclue pour une durée indéterminée. Si vous consultez une liste datant de 2025, vous ne lisez plus le texte applicable.
La liste s’organise en quatre grandes catégories, que la convention nomme précisément :
- Produits et services écologiques : utilisation durable de l’eau et de l’énergie, appareils électriques peu énergivores, produits portant le label écologique européen, produits biologiques, produits FSC et PEFC.
- Mobilité et loisirs durables : mobilité durable, jardinage durable, écotourisme.
- Réutilisation, recyclage et prévention des déchets : seconde main, location, abonnements de bibliothèque, ludothèque, bébéthèque et vélothèque, produits recyclés, réparations.
- Circuit court : produits agricoles « En direct de la ferme », potagers collectifs.
Le principal durcissement porte sur les appareils électriques. Plusieurs classes énergétiques qui étaient encore acceptées avant le 1er juin 2026 ne le sont plus, et les labels Fairtrade et ASC font en revanche leur entrée dans la liste.
| Type d’appareil |
Classes énergétiques acceptées depuis le 1er juin 2026 |
| Appareils de réfrigération |
A, B ou C |
| Lave-vaisselle |
A |
| Lave-linge |
A |
| Lave-linge séchants |
A, B ou C |
| Sèche-linge à tambour |
A ou B |
| Smartphones et tablettes |
A |
| Téléviseurs et écrans |
A à E |
| Sources lumineuses |
A à D |
| Autres appareils électriques disposant du label énergétique européen |
A+, A++ ou A+++ |
Ce qui ne figure pas dans la liste ne peut pas être payé en éco-chèques.
Ce que vous pouvez vraiment acheter, et les trois pièges de la liste
Au-delà du tableau des classes énergétiques, la liste est plus large qu’on ne le croit. Elle couvre la mobilité douce, la rénovation du logement, la seconde main et une partie des loisirs. Mais elle contient aussi trois pièges qui font régulièrement refuser un paiement en caisse, et ce sont précisément ceux que la plupart des lecteurs découvrent trop tard.
Du côté de la mobilité, la liste est généreuse : tous les vélos, speed-pedelecs, trottinettes, steps, monoroues et hoverboards, avec ou sans moteur électrique, ainsi que tous les scooters électriques et leurs accessoires. Les abonnements de parking spécifiquement destinés aux vélos en font également partie. De quoi compléter utilement les primes vélo régionales ou l’indemnité vélo versée par certains employeurs.
Du côté du logement, vous pouvez payer en éco-chèques tous les produits et services d’isolation, thermique comme acoustique, ce qui peut venir en complément d’une prime isolation. La liste ne cite pas les panneaux solaires en tant que tels : elle vise tous les produits qui fonctionnent exclusivement à l’énergie renouvelable ou qui permettent la production d’énergie renouvelable, une formulation qui couvre ce type d’installation. Si vous étudiez un projet de panneaux solaires, le placement peut, le cas échéant, être payé en éco-chèques lui aussi.
La seconde main, enfin, est largement ouverte : tous les produits d’occasion sont éligibles, à l’exception des appareils pourvus de moteurs non électriques et des appareils hybrides. La location de ces produits d’occasion est autorisée aux mêmes conditions.
Bon à savoir
Pour chaque produit de la liste, la location, le placement, l’entretien, la réparation et les filtres peuvent aussi être payés en éco-chèques.
Voici maintenant les trois pièges. Le premier concerne les transports en commun : ils sont bien payables en éco-chèques, sauf les abonnements domicile-travail, qui sont explicitement exclus. L’autocar et, selon les termes exacts de la liste, le « transport de personnes partagé sans chauffeur » restent, eux, autorisés. C’est exactement l’inverse de ce que beaucoup de travailleurs supposent.
Le deuxième piège porte sur le tourisme. La rubrique écotourisme ne vise que les infrastructures touristiques situées en Belgique qui disposent du label Clé verte. Les entrées de parcs naturels, souvent citées de mémoire, ne figurent pas comme telles dans la liste.
Le troisième piège concerne l’éclairage. Ce n’est plus la technologie qui compte, mais la classe énergétique : les sources lumineuses des classes A, B, C ou D sont éligibles, et la mention explicite des ampoules LED, qui figurait dans les versions anciennes de la liste, a disparu. Le texte intégral de l’annexe est publié par le Conseil national du Travail.
Validité : 24 mois, et trois mois pour rattraper un éco-chèque périmé
Un éco-chèque est valable 24 mois à compter du moment où il est placé sur votre compte éco-chèques. Ce délai court donc à partir de la mise à disposition, pas à partir de la date à laquelle votre secteur a décidé de l’octroi. Depuis le 1er janvier 2022, seuls des éco-chèques électroniques peuvent être octroyés : les éco-chèques papier pouvaient encore être émis jusqu’au 31 décembre 2021 et sont restés valables jusqu’au 31 décembre 2023.
Un éco-chèque périmé n’est pas forcément perdu. La réglementation prévoit une réactivation auprès de l’émetteur dans les trois mois qui suivent l’échéance. La première demande est gratuite, quel que soit le nombre de chèques concernés ; les demandes suivantes peuvent être facturées, avec un coût maximal de 5,00 €. Les éco-chèques réactivés sont ensuite valables trois mois.
Important
La réactivation n’est possible que dans les trois mois qui suivent l’échéance. Passé ce délai, les éco-chèques périmés sont définitivement perdus.
Une chose reste en revanche impossible : les éco-chèques ne peuvent être échangés, en tout ou en partie, contre de l’argent. La loi interdit cette conversion en espèces. Elle ne règle pas, par contre, la question de la monnaie rendue en caisse quand votre achat est inférieur au montant présenté : cela dépend de votre émetteur et du commerçant, et c’est auprès d’eux qu’il faut se renseigner.
Où payer avec ses éco-chèques ?
Beaucoup de refus en caisse viennent d’un malentendu : il ne suffit pas que le produit soit dans la liste. Deux conditions doivent être réunies en même temps. Le produit ou le service doit figurer dans l’annexe de la CCT n° 98, et le commerce doit être affilié à votre émetteur d’éco-chèques. Cette affiliation est volontaire : un magasin peut parfaitement vendre des vélos sans accepter votre éco-chèque.
Les commerces acceptés se consultent sur le site de votre émetteur. Les émetteurs disposent également d’un site commun, myecocheques.be, qui donne des exemples concrets d’achats possibles. Sur le plan légal, les éco-chèques électroniques ne peuvent être émis que par un éditeur agréé conjointement par les ministres des Affaires sociales, de l’Emploi, des Indépendants et de l’Économie. Le SPF Emploi cite quatre sociétés émettrices : Edenred, Monizze, Pluxee et G.O.T. CONNECTION.
Le réflexe le plus efficace reste donc de vérifier l’affiliation du commerce avant de vous déplacer, surtout pour un achat important comme un vélo électrique ou un gros électroménager.
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Pourquoi l’éco-chèque arrive net, et ce qui peut tout faire basculer
L’intérêt de l’éco-chèque tient à son traitement social et fiscal : il est exonéré de cotisations de sécurité sociale et d’impôt des personnes physiques. Autrement dit, les 250,00 € éventuels arrivent entiers, sans précompte professionnel, contrairement à une prime classique dont vous ne voyez qu’une partie sur votre fiche de paie. Étant exonérés, ils ne viennent pas non plus gonfler votre revenu imposable au moment de la déclaration fiscale.
Cette exonération n’est pourtant pas automatique. Elle suppose que toutes les conditions suivantes soient réunies en même temps :
- l’octroi est prévu par une convention collective sectorielle ou d’entreprise, ou, à défaut, par une convention individuelle écrite ;
- cette convention mentionne la valeur maximale de 10,00 € par éco-chèque et la fréquence d’octroi ;
- l’éco-chèque est délivré au nom du travailleur et repris dans son compte individuel ;
- il indique clairement qu’il est valable 24 mois et qu’il ne sert qu’à acheter les produits et services de la liste annexée à la CCT n° 98 ;
- il ne peut pas être échangé en espèces ;
- le total ne dépasse pas 250,00 € par travailleur et par année civile ;
- depuis 2022, il est électronique et émis par un éditeur agréé.
Si une seule de ces conditions n’est pas respectée, la sanction est totale : l’intégralité des éco-chèques octroyés est requalifiée en rémunération, avec cotisations de sécurité sociale et impôt sur le montant complet.
Attention
Des éco-chèques octroyés en remplacement ou en conversion de la rémunération, d’une prime ou de tout autre avantage perdent toute exonération. Les cotisations et l’impôt s’appliquent alors sur la totalité du montant.
Côté employeur, la logique fiscale est différente. Les éco-chèques ne sont pas déductibles au titre de frais professionnels, en vertu de l’article 53, 14° du Code des impôts sur les revenus. Seule l’intervention patronale dans les titres-repas échappe partiellement à cette exclusion. Cela n’a aucune incidence sur votre propre déduction fiscale, mais cela explique pourquoi certains employeurs préfèrent d’autres formules.
Éco-chèques, titres-repas et autres chèques : des régimes à ne pas confondre
Les éco-chèques, les titres-repas, les chèques cadeaux et les chèques sport et culture sont quatre régimes juridiques distincts. Chacun a ses propres conditions et son propre plafond, et ils ne s’imputent pas les uns sur les autres : recevoir des titres-repas ne réduit en rien votre droit aux éco-chèques. Les différences pratiques sont pourtant nettes.
| Critère |
Éco-chèques |
Titres-repas |
| Plafond |
250,00 € par travailleur et par année civile |
intervention patronale de 8,91 € maximum par titre depuis le 1er janvier 2026 |
| Part payée par le travailleur |
aucune |
1,09 € minimum |
| Durée de validité |
24 mois |
12 mois |
Une règle traverse en revanche tous ces dispositifs : aucun de ces avantages ne peut être octroyé en remplacement ou en conversion de la rémunération. C’est ce qui les distingue d’une prime syndicale, d’une prime bénéficiaire ou du bonus à l’emploi, qui obéissent chacun à une logique propre.
Des secteurs qui réduisent ou arrêtent les éco-chèques
Au 24 août 2026, aucun texte légal ne supprime les éco-chèques au niveau fédéral. Le Conseil national du Travail a même conclu, le 24 février 2026, une convention à durée indéterminée pour renouveler la liste des produits, ce qui est le signe inverse d’un dispositif en fin de vie. Le débat sur la simplification des chèques revient régulièrement dans les discussions budgétaires fédérales, notamment autour de l’accord Arizona, mais aucune norme publiée au Moniteur belge n’a supprimé les éco-chèques à ce jour.
Le vrai mouvement se joue secteur par secteur, et il est bien documenté. Dans la construction (CP 124), des éco-chèques devaient encore être attribués une dernière fois pour la période de référence allant du 1er avril 2025 au 31 mars 2026, dans le courant du mois de mai 2026 ; depuis le 1er avril 2026, plus aucun droit ne se constitue sur la base de cette convention. Pour les employés transférés de la CP 200 vers la CP 126, le montant est passé de 250,00 € à 150,00 € au 1er juin 2026.
La liste complète des commissions paritaires prévoyant un système sectoriel d’éco-chèques est publiée et mise à jour par le SPF Emploi, Travail et Concertation sociale, dans un document daté du 18 août 2026. C’est la seule source qui permet de savoir, secteur par secteur, à quel montant vous pourriez avoir droit.
Dernier réflexe utile si vous changez d’employeur : au moment de votre départ, l’entreprise doit vous communiquer le nombre d’éco-chèques auxquels vous avez droit et le moment où ils vous seront remis. Une vérification à faire en même temps que le calcul de votre préavis et de vos indemnités de licenciement.